L’ordre des choses, adapté de Pot-Bouille roman d’Emile Zola, est un projet d’ampleur pour une troupe nombreuse, un spectacle sur les jeux de paraître, la peur du déclassement, le patriarcat et le carcan moral du XIXème siècle. Il en révèle les échos dans nos empêchement contemporains et les questions permettant d’entrevoir d’autres relations à venir entre tous et toutes.

L’ordre des choses sera une œuvre composée à partir de passages dialogués du roman et d’extraits de narration, ainsi que de scènes sans texte pour des instants de théâtre chorégraphiés.
Nous élaborons donc un calendrier en deux phases : le temps des explorations en résidence et de l’écriture, et le temps de création à proprement parler.


INTENTIONS

L’ordre des choses est un spectacle composé à partir de Pot-Bouille, roman d’Emile Zola qui se déroule principalement dans un immeuble du Paris haussmannien, mêlant toute une société sur quelques mètres carrés : des commerçants du rez-de-chaussée aux ouvriers et domestiques sous les toits, en passant par les propriétaires et les familles d’employés.

Avec ce dixième roman de la série des Rougon-Macquart, Zola poursuit son oeuvre de dévoilement des mécanismes sociaux. Ici, du grand vestibule à l’escalier de service, il joue avec la morale et l’interdit, le montré et le caché, le propre et le sale. Il tourne en ridicule les jeux de paraître et les instincts de conquête. Il ausculte les familles et les enferme dans leur peur du déclassement. En somme, il dénonce l’hypocrisie de l’ordre moral bourgeois et la violence des rapports de classes comme des rapports de genre.

Avec cette adaptation, j’entends me servir de la force de dénonciation de ce roman « férocement gai » et sans concession, pour révéler ce qu’il reste en nous du carcan hérité de cette époque, malgré des avancées civiles et sociales majeures. Car si de grandes lois ont permis nombre de « libérations », il est certain que les rapports de domination, quels qu’ils soient, s’inscrivent encore dans un ordre patriarcal légalisé par l’Ordre Napoléonien et imposé à nos imaginaires jusqu’à nos inconscients.

Nos mères ont vécu la libération des années 70 et nos jeunes sœurs sont en train de mener de nouvelles révolutions, avec la même vigueur, le même enthousiasme et la même détermination. Plus jeune je ne me suis pas interrogée sur les victoires de nos ainées, elles semblaient acquises et certaines. Je ne m’étais pas non plus figuré qu’un choc comme Metoo rebattrait les cartes d’un « jeu » qui me semblait être « dans l’ordre des choses ». Aujourd’hui, je questionne, je déboulonne, j’ouvre les yeux.

Comment le patriarcat est-il ancré si intimement dans nos sociétés au XXIème siècle ?
Pourquoi les femmes semblent être à la fois les rouages et les victimes de ce manège ?
Pourquoi maintenons-nous des mécanismes qui nous font vivre les uns à côté des autres, mais jamais vraiment ensemble et jamais vraiment librement ?

Nourrie par la lecture de sociologues, de philosophes et historiennes – Pierre Bourdieu, Michelle Perrot, Eric Maurin, Manon Garcia… et surtout Irène Théry – je décide d’axer notre adaptation sur les figures féminines du roman. D’observer en elles ce que Zola, en homme de son temps, ne pouvait qu’entrevoir. Il les a écrites, nombreuses, complexes et singulières, et nous allons, grâce au travail des comédiennes, les sonder et réhabiliter les points de vue que nous leur imaginons. Gageons qu’elles révèleront les mécanismes étouffants encore les femmes et les hommes de toute une société et susciteront des pistes d’émancipation.

Je cherche en quelque sorte à faire l’archéologie de notre imaginaire, pour pouvoir faire la place à d’autres récits, d’autres désirs et donc d’autres relations. Dans les pas d’Irène Théry, j’aspire à ce que les femmes et les hommes s’engagent en complicité vers une nouvelle civilité sexuelle et sociale entre tous et toutes.

L’ironie du titre du spectacle est un appel à contredire les sentences telles que « c’est dans l’ordre des choses ! » et à les balayer d’un rire franc et libérateur tant elles semblent à contretemps d’un mouvement engagé et puissant. J’espère que le théâtre puisse encore être le lieu où ce rire surgisse en commun et où la conscience émeut.

Noémie Rosenblatt
Janvier 2023

saison 2021-2022 > production, préparation et mise en oeuvre du projet

septembre 2022- décembre 2023 > ADAPTATION (résidences) :
3-5 octobre 2022 – Théâtre du Nord à Lille
24-29 octobre 2022 – Le Grand R à La Roche-sur-Yon
12-14 décembre 2022 – La Maison du Théâtre et de la Danse à Epinay-sur-Seine
13-17 mars 2023 – La Rose des Vents à Villeneuve d’Ascq
17-21 avril 2023 – Le Grand R à La Roche-sur-Yon

janvier 2024-janvier 2025 > CRÉATION

Portraits aux nez rouges – Hans Peter Feldmann . Galerie Aboucaya


L’ÉQUIPE

Adaptation, écriture et mise en scène : Noémie Rosenblatt
Dramaturgie : Morgane Lory

Scénographie : Angéline Croissant
Création lumières : Claire Gondrexon
Création sons et Compositions : Nicolas Perrin
Régie sons : Etienne Graindorge
Costumes : Camille Pénager
Régie générale et lumières : Alix Weugue
Direction de production : Annabelle Couto

Avec : Priscilla Bescond, Catherine Dewitt, Céline Dupuis, Zacharia Gouram, Damien Houssier, Maxime Le Gall, Mexianu Madeanu, Mickaël Pelissier, Laure Werckman (en cours)

 

PRODUCTION

Production : La Compagnie du Rouhault
Coproduction : La Comédie de Béthune, CDN Hauts-de-France . Le Grand R, Scène Nationale de La Roche-sur-Yon . La Rose des Vents, Scène Nationale Lille Métropole Villeneuve d’Ascq
Soutien : La Maison du Théâtre et de la Danse à Epinay-sur-Seine . Le Théâtre du Nord, CDN Lille – Tourcoing . Le Jeune Théâtre National
(en cours)